1.07.2008

Le Beau est-il l'ennemi du rien ?


Le beau est-il utile ?



A première vue les œuvres d’art, sculptures, peintures etc. ne servent à rien, ce sont néanmoins de beaux objets qui n’ont pour seule utilité que de nous donner des émotions, de nourrir notre spiritualité. Leur utilité n’est pas matérielle mais spirituelle.

La beauté est un des paramètres distinguant l’homme de l’animal, qui ne produit pas de beauté. Dans cette phrase on peut donc voir une mise en opposition de l’homme avec son animalité si on considère que le rien représente l’absence de conscience ou le néant.

L’art préhistorique marque le passage de l’animal à l’homme, la particularité de l’homo sapiens est sa faculté de créer, plus loin que des outils, des œuvres ou on perçoit une sensibilité. L’art est une transcendance du réel, un moyen de s’arracher au néant, de créer, l’art transfigure des données réelles mais éphémères pour les introduire dans un autre monde, éternel, l’imaginaire de l’artiste et de ceux qui perçoivent la beauté. Le beau est alors synonyme d’idée, de raison, de conscience par opposition au néant, au vide.

Le beau et l’art sont une nécessité, ils élèvent l’homme au dessus de l’animal : On pense ainsi aux prisonniers des camps de concentration qui pour survivre, pour se détacher de la bestialité et de l’horreur ambiante ont continué à pratiquer leur art : musique, peinture photographie. L’art et la beauté peuvent être une forme de dépassement, même au seuil de la mort.


A quel moment une pissotière devient une œuvre d’art ?

Qu’un plombier fixe l’urinoir ou qu’un artiste, en l’occurrence Marcel Duchamp le place sur un présentoir dans un musée, il reste matériellement le même. Mais sa fonction, sa symbolique, sa finalité changent.

Duchamp, et avec lui les dadaïstes, à mis à mort la Beauté, comme Nietzsche à mis à mort Dieu. Avant Duchamp, on ne créait pas pour représenter une belle chose, mais pour réussir la belle représentation d’une chose. Dès 1914, Duchamp innove en inventant une nouvelle manière de définir le monde qui l’entoure, il remet en cause toutes les conventions et contraintes idéologiques, artistiques et politiques.

Duchamp invente un art plus cérébral, il lui donne du Sens. Pour lui, l’art n’a plus à être beau, il doit surtout avoir un sens, découler d’une démarche intellectuelle.
La pissotière entraîne l’avènement du matériel non noble, voire ignoble (Manzoni, des excréments, Paul Mc Carthy, du ketchup ou Buren avec de la tôle….)
Selon Michel Omphray, « Depuis l’urinoir, la Beauté est morte, le Sens l’a remplacée »


Le Sens devient donc ennemi du Rien.

En définitive, la Beauté et le Rien sont étroitement reliés, par les concepts d’utilité, de matérialisme, spiritualité mais surtout du Sens, qui apparait comme le nouveau critère de la Beauté d’aujourd’hui.
A l’heure ou la Beauté s’incruste dans notre quotidien à travers mille et une forme (design culinaire, mobilier, technologique, chirurgie esthétique…), délaissant les musées, les collections élitistes et les cathédrales, le Sens prend plus que jamais une place importante dans notre conception du Beau, afin de distinguer ce qui a encore une valeur spirituelle et intellectuelle, et ce qui n’en a pas.

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